Paris à Rouen, un projet chasse l'autre...


Le conseil d'administration de cette nouvelle compagnie offre d'exécuter à ses risques et périls et entièrement à ses frais, le chemin de fer par la vallée de la Seine avec embranchements sur Louviers, Elbeuf et Pontoise, ainsi que la ligne du Havre, lorsque sa convenance sera reconnue et demande a être entendu avec tous ceux qui se présenteront pour défendre le tracé de Gisors. Malgré cette opposition pourtant solidement argumentée, préférence fut donnée au projet soumis par la compagnie ayant présenté le tracé par les plateaux. En voici le détail : Paris, Pontoise, Gisors, Etrépagny, Charleval, Ry, Blainville, pour finalement arriver à Rouen, boulevard Beauvoisine. La loi présentée à la chambre des députés le 26 mai 1838, obtint 241 voix pour, 52 contre, puis à la chambre des pairs le 17 juillet, 97 voix pour et 3 contre. La loi était donc adoptée. Le texte de cette loi est assez court et précise en son article premier : "L'offre faite par les sieurs Chouquet et Leboche et Cie d'exécuter à leurs frais
un chemin de fer de Paris à Rouen, au Havre, et Dieppe est acceptée. En conséquence, toutes les clauses et conditions, soit à la charge de l'état, soit à la charge des sieurs Chouquet, Leboche et Cie stipulées dans le cahier des charges arrêté le 26 mai et le 14 juin 1838 par le ministre des travaux publics, de l'agriculture et du commerce et acceptées aux mêmes dates par les Sieurs Chouquet, Leboche et Cie recevront pleine et entière exécution". Suit un cahier des charges important ne comptant pas moins de 56 articles. L'article 2 précise le tracé. L'article 3 impose à la Cie de soumettre tous les 4 mois à l'administration l'approbation de 20 km de voie construite. Et un article pour le moins curieux " Les locomotives employées sur le chemin de fer devront consommer leurs fumées". Enfin la concession est limitée à une durée de 80 ans, l'Etat se réservant la faculté de racheter la concession à tout moment, à l'expiration d'un délai de quinze ans.

On aurait pu croire que tout était terminé. En fait tout a été annulé, cette compagnie se trouvant dans l'incapacité de réunir le capital social de 40 millions qui lui avait été imposé. De ce fait, le risque existait que des travaux commencés soient menacés d'être suspendus, faute de financement. Devant ce risque, une demande en déchéance de cette Cie eut pour résultat de résilier la convention et l'abandon du projet. Dans l'intervalle, une autre Cie s'était constituée, dirigée par Charles Laffitte et Edouard Bount, financiers, et partisans du tracé par la vallée de la Seine. Dans la composition du fonds social, il se produisit un fait remarquable, pour la première fois les capitaux anglais ont afflué à tel point qu'ils pouvaient couvrir la moitié du fonds social, soit 18 millions qui s'offrent pour concourir avec les souscripteurs français. Laffitte et Bount ne s'engagent pas à la légère, il n'est plus question de Paris à la mer ; Rouen-Le Havre ne sera plus qu'une éventualité si tout va bien. Le projet est moins ambitieux, mais plus réaliste. La loi accordant la concession à ce projet fut votée le 15 juillet 1840,

assortie d'un cahier des charges analogue à quelques différences près de celui prévu lors de la loi de 1838. La concession est accordée pour une durée de 99 ans à dater de la ratification adoptée par la chambre par 194 voix pour et 37 contre, et à la chambre des Pairs par 98 voix contre 22, avec faculté de rachat par l'état à l'expiration de la concession, ce qui s'est effectivement produit puisque nous avons eu la S.N.C.F. depuis le 1er janvier 1938. Le projet prévoyait de relier Paris à Rouen en trois ans. Le coût des travaux se répartissait de la façon suivante : 36 millions de souscription et 14 millions prêtés par l'état français. L'entreprise était dirigée par l'ingénieur en chef Locke, assisté des entrepreneurs Mackensie et Brassey et des ingénieurs Allcard et Buddicum, tous britanniques, réputés pour avoir le meilleur savoir-faire de l'époque. La ligne devait traverser successivement 8 communes du département de Seine-et-Oise, 18 communes de l'Eure, 7 communes de Seine-Inférieure pour aboutir au débarcadère de Rouen-St-Sever.

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