le transfert des ateliers Allcard et Buddicum de Warrington Lancashire sur le sol Normand

Le transfert des ateliers Allcard et Buddcum de Warrington, Lancashire, sur le sol Normand ressemblait fort à une opération de sauvetage. Echapper à la concurrence du marché anglais pour une situation de monopole en France, tel semble en avoir été l'enjeu. L'aspect spéculatif de l'affaire n'est pas non plus à écarter. Les Anglais désiraient voir s'établir des relations plus aisées et plus profitables entre Paris et Londres et songeaient déjà à un prolongement vers Le Havre et Dieppe. Et par voie de conséquence, en attendre d'intéressantes et importantes commandes de matériels. Le choix de Joseph Locke n'était pas du au hasard. Avant d'entrer au service de la compagnie de Rouen, il avait été l'ingénieur en chef du Grand Jonction Railway qui réunissait Birmigham et Liverpool et assurait la continuité des voies du London and Birmingham railway et du Grand Manchester railway. Or, l'on remarque qu'à des titres divers, Allcard et Buddicum furent employés par le même Grand Jonction
William Allcard (1809-1861) resta peu connu. On sait qu'il travailla très jeune chez Stephenson à Newcastle et ensuite comme ingénieur au Liverpool-Manchester and jonction. Il n'en est pas de même pour William Barbier Buddicum (1816-1887). En 1831, il entre en apprentissage dans l'entreprise Mather, Dixon & Cie spécialisée dans la construction de matériels ferroviaires. Il la quitta en 1836 pour le Liverpool et Manchester railway. En 1839, il occupa les fonctions de " résident ingéneer " sur le Glasgow-Greenock railway. Pas pour longtemps puisque dès 1840 on le retrouve à la tête du Grand Jonction railway en tant que " locomotive superintendant ". Il y supervisera des nouveaux projets d'ateliers que la compagnie envisageait d'établir à Crewe. Ils furent construits en 1843 par son successeur Francis Trévithick. Parallèlement et à la demande de J. Locke, Buddicum travailla en collaboration avec Alexander Allan, à la mise au point d'une machine appelée à une brillante destinée, le type " Allan-Crewe " pendant longtemps le modèle standard de la compagnie London and North Western Railway.
W.Allcard (sur les tampons) et W. Buddicum (aux commandes) croqués lors de l'inauguration du Havre et Dieppe en 1847.
Sollicités par J. Locke, Allcard et Buddicum établirent leurs premiers ateliers -dits des Chartreux- dans les murs d'un ancien couvent, à Petit Quevilly en août 1841. Le travail ne leur fit pas défaut, puisque la compagnie de Rouen leur passa commande de l'essentiel de son matériel roulant : 40 locomotives, 120 voitures de 2e classe et 200 wagons (les 36 voitures de 1e classe furent construites par les Messageries générales). De quoi occuper quelques 500 ouvriers. Les ateliers ne s'arrêtaient pas à cette seule activité. Additif au marché, Allcard et Budducum prenaient à forfait les frais de traction et d'entretien du matériel. Si nos deux associés pouvaient se féliciter d'une opération qui leur permettait d'entrevoir l'avenir avec sérénité, la compagnie de Rouen, de son côté s'était ménagé une clause particulière très avantageuse en exigeant qu'en fin de contrat la totalité des machines, voitures et wagons lui soit remise dans son état d'origine. Belle façon d'échapper aux charges toujours lourdes occasionnées par le renouvellement du matériel. Les premières voitures sortirent des ateliers en septembre 1842. Les premières machines en octobre. Conformément aux annonces faites aux actionnaires ;
elles étaient conformes aux modèles préconisé par Joseph Locke. Les " Buddicum " puisque telle fut le nom de ces locomotives n'étaient en réalité qu'une émanation du type " Allan-Crewe " fabriqué sous licence. La livraison de ce matériel fit sentir à Allcard et Buddicum toute la nécessité de rapprocher leurs ateliers de la voie ferrée distante de plusieurs kilomètres. C'est en effet au moyen de chariots que les premières voitures et locomotives durent être amenés à pied d'œuvre en gare de Rouen St Sever en mars 1843. On imagine sans peine toute la difficulté de tracter par la seule force animale des engins approchant les quinze tonnes. Le transfert des ateliers en bordure de la voie ferrée s'effectua en décembre 1845. Situés à deux kilomètres au sud de Rouen, ils furent érigés à Sotteville sur l'emplacement d'une ancienne forge. Ils occupaient une superficie de 12 hectares et demi dont plus de quatre occupés par des bâtiments couverts. A cette occasion, Allcard et Buddicum purent compter sur l'aide matérielle de la compagnie de Rouen. Les intérêts des uns et des autres devenant de plus en plus liés et complémentaires.

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